Transmarcations: X n’indique pas la destination

La session de travail Transmarcations explore des méthodes de dessiner des cartes d’ici, d’ailleurs, autrement. Elle se situe à l’intersection des technologies avec des géographies, des trajectoires de vie, des corps, des terrains et des déplacements.

Transmarcations invite des participants provenant de disciplines différentes, à créer des prototypes, des visualisations et des modèles de combinaisons spéculatives des corps et des terrains. Les bio-mappeurs, les artistes, les activistes autours des problèmes de genre et de migration, les hackers scientifiques, les cartographes, les explorateurs de données, les auto-quantificateurs ... sont invités à expérimenter avec des logiciels, des langues, des corps, des navigateurs et d’autres technologies. Transmarcations développe ainsi des pratiques autour de la cartographie, de la diagrammation et des représentations graphiques numériques ; elle crée un espace pour des aspects qui se positionnent au delà des catégories ordinaires, pour les complexités générées par la rencontre des personnes, des terrains et encore d’autres facteurs.

Le contexte socio-politique actuel dans lequel se déroule notre session de travail, est dystopique, et les mappages et les visualisations de données jouent un rôle important dans le contrôle continu des personnes et des déplacements. Les analyses de données font ressortir les exceptions comme des éléments suspects. Les demandeurs d’asile doivent se conformer à des profils hyper stéréotypés pour obtenir le statut de réfugiés. En outre, le contrôle étroit du trafic de données par des services de sécurité (inter)nationaux, couplés à l’extrême portée du contrôle exercé par les géants de l’Internet sur les profils de leurs clients, laisse peu d’espace à des correlations transversales qui puissent élargir l’identification au-delà des notions délimitées de « eux » et de « nous ».

Les expérimentations qui mettent au centre la spéculation, l’insécurité et le passage des frontières sont importantes pour pouvoir imaginer et générer des alliances possibles entre les corps, les trajectoires et les contextes à la fois situés, non normatifs. Au-delà des statistiques et des analyses, les diagrammes, les modèles, les tableaux sont également des moyens d’établir de nouvelles orientations, de projeter des désirs hybrides, fantastiques et utopiques sur une réalité physique.

Inspirée par les géographies féministes, la session de travail pose la questionne du regard : qui sont les utilisateurs, quelle carte regardent-ils, et à partir de quelle perspective ? Influencé par la pratique xéno-féministe, nous allons marquer un X sur une carte qui est en pleine évolution. Ce X ne représente pas une destination, il représente plutôt une logique qui traite des relations de puissance inégales entre les êtres humains ; qui propose des espaces élargis de liberté individuelle avec une géométrie plus riche que celle de l’axe, de la ligne de production, du dynamisme unidirectionnelle. L’objectif de la session de travail est donc de stimuler de nouvelles opportunités pour des perceptions et des actions qui ne sont pas entravées par des identités quasi naturelles. Sur la base d’une phénoménologie queer, nous allons alors situer les corps dans l’espace et le temps, les perturber et les réorganiser ; nous allons nous promener hors des sentiers battus ; nous allons développer une pratique relationnelle de désorientation, en regardant en plus du point, hors de la portée, à la recherche des liens inattendus entre les espèces, les environs, les objets.

La session de travail se déroule du 4 au 9 décembre 2017 à Beursschouwburg dans le centre de Bruxelles. Pendant la semaine, il y aura des moments publics dans la Grande Salle et dans le Beurscafé.

(Plus d’informations sur le programme et l’appel à participation suivront bientôt

image : Attack of the panoramic jellyfish, Tom Lechner, cc-sa