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OncoMouse

Translated extract from: How Like a Leaf
Donna J. Haraway interviewed by Thyrza Nichols Goodeve,
2000, ed. Routlegde
pp. 139 -147

Traduction Laurence Rassel, Nadine Plateau, Maria Puig, Nicolas Malevé

On-line version: http://www.constantvzw.com/cyberf/book/articles.php?pg=art3

"OncosourisTM [1] est une figure historique de la biotechnologie et de la construction génétique, ma synecdoque pour toute la technoscience… Elle/il est de ma famille, et plus exactement, mâle ou femelle, elle/il est ma sœur… Une sorte d’outil pour fabriquer de nouveaux instruments de construction du savoir dans la technoscience, le petit rongeur utile qui a le talent de développer le cancer mammaire, est un instrument scientifique à vendre comme n’importe quelle fourniture de laboratoire… Enfin, OncosourisTM est le premier animal breveté au monde."

Thyrza Nichols Goodeve: J’aimerais en savoir plus sur la ménagerie qui vous entoure. Qui d’autre y vit en plus du cyborg et du primate?
Donna J. Haraway: Certainement OncosourisTM vit là aussi. Elle/il appartient au troisième domaine auquel j’ai beaucoup réfléchi et mis en avant dans Modest_Witness@ Second_Millenium. OncosourisTM est un organisme réel servant à la recherche, qui a été breveté par le Bureau américain des Marques et des Brevets (US Patent and Trademark Office), mais c’est aussi une figure emblématique. Toutes mes entités - le primate, le cyborg, l’animal génétiquement construit et breveté, tous sont "réels" au sens ordinaire et quotidien du mot réel, mais ils sont aussi des figures engagées dans une sorte d’interpellation narrative [2] dans leur manière d’être au monde. OncosourisTM met en exergue des choses que les cyborgs et les primates font, et aussi bien d’autres choses. OncosourisTM est un animal inventé qui a été breveté. Quelque chose doit être inventé dans le but d’être breveté. C’est donc la production d’un auteur, la propriété de quelqu’un ou d’une entreprise, quelque chose qui peut être totalement aliéné, et totalement possédé. Cela participe, en ce sens, d’un concept de la nature propre à Locke [3]: le mélange de travail et de nature produit la propriété. Donc on a humain-animal pour le primate; organisme-machine pour le cyborg; et la nature et le travail pour OncosourisTM.

TNG OncosourisTM est la souris transgénique qui développe des tumeurs pour la recherche sur le cancer du sein?
DH En réalité, OncosourisTM est obsolète sur ce point, elle/il est démodé-e. Mais le cyborg est démodé aussi. Je ne me préoccupe pas d’être démodée (rires). Je veux dire, comme nous l’avons mentionné, le cyborg a été inventé en 1960 avec la souris de la course à l’espace, alors que OncosourisTM a été inventée en 1988. Ce sont d’anciennes histoires dans le monde que nous habitons maintenant où le temps est condensé et accéléré. Il y a beaucoup d’organismes transgéniques qui ont été développés sans être breveté.

TNG Pourquoi OncosourisTM est-elle/il obsolète?
DH Parce qu’elle/il n’a pas bien très bien fonctionné. Elle/il a eu trop de tumeurs spontanées.

TNG J’ai lu un article dans les journaux récemment au sujet du développement d’une souris sans os, et j’ai vu à la télévision l’autre soir, une émission sur des souris qui avaient été élevées pour briller dans le noir!
DH Je n’en ai pas encore entendu parler, mais il y en a certainement une sans système immunitaire utilisée pour étudier le SIDA.

TNG Dans Modest_Witness, vous citez le président de GenPharm, David Winter, disant que les souris fabriquées sur mesure pour la recherche sont si banales, qu’il les appelle Dial-A-Mouse (souris express-souris minute). Ou cet autre cadre de GenPharm, Howard B. Rosen (Corporate Development Director) qui décrit les souris taillées sur mesure comme "la toile sur laquelle nous faisons des transplantations génétiques" [4].
DH Oui, c’est pour cela que j’utilise OncosourisTM comme figure pour l’être génétiquement construit qui hante tant de lieux. Elle/il fait partie de l’entreprise Dupont (DuPontcorporation) et de l’Université d’Harvard, ainsi que de l’Université de Californie à San Franscisco. OncosourisTM fait autant partie de la recherche sur le SIDA que l’industrie qui fournit les laboratoires en animaux. Le cyborg et l’être transgénique sont des exemples de la manière littérale dont je travaille - ou mieux de mon travail dans cette relation angoissée entre figuration et littéral. Et je jure devant Dieu que j’ai hérité cela du sacramentalisme. Mon incapacité à séparer le figuré du littéral vient directement d’une relation catholique avec l’Eucharistie. Je vous ai dit que j’avais une sensibilité catholique comme théoricienne bien que je sois opposée au catholicisme et ai perdu ma foi, et développé cette critique élaborée. La sensibilité fondamentale à propos de la nature littérale de la métaphore et de la qualité physique de la symbolisation - tout cela vient du catholicisme. Mais le fait est que cette sensibilité - le sens de cette ménagerie avec et dans laquelle je vis - m’offre une ménagerie où le littéral et le figuré, le factuel et le narratif, le scientifique et le religieux et le littéraire, sont toujours en implosion. Chacun de ces éléments est différent et demande une méthode de travail spécifique, mais tous comme processus, ont implosé comme dans un trou noir.

TNG OncosourisTM est une histoire tellement émouvante et perturbante. Qu’est exactement un organisme transgénique?
DH Un organisme transgénique est une entité faite de gènes transplantés d’un organisme dans le génome d’un autre organisme vivant. Ce qui donne des créatures transgéniques. Les organismes transgéniques donnent naissance et élèvent une progéniture qui continue à porter le gène transplanté. En d’autres mots, les gènes transplantés sont transmis par les ovules et le sperme, aux générations suivantes. OncosourisTM est le résultat d’un gène humain du cancer - un oncogène -transplanté qui produit assurément le cancer du sein. C’est pourquoi je dis dans le livre que peu importe si j’accepte son existence ou que je l’utilise, elle/il souffre de manière répétitive et profonde, afin que moi et mes sœurs puissions vivre. Et si ce n’est pas dans mon corps ce sera sûrement dans celui de mes ami-e-s, que je devrai un jour à OncosourisTM, ou à une ou un de ses congénères, une lourde dette.

TNG Il est très intéressant d’observer combien Dolly la brebis cloné a provoqué d’angoisses et d’indignation, alors que de nouvelles sortes de formes vivantes transgéniques sont fabriquées depuis un certain temps.
DH Et les êtres transgéniques sont une des technologies les plus radicales. Cela permet aux biologistes moléculaires de prélever d’organismes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres des gênes présentant un intérêt, en passant, par exemple, d’une bactérie et à un mammifère.

TNG C’est un exemple des "effrayants nouveaux réseaux" [5] des mondes cyborg que vous dévoilez - mondes ou humains qui ne sont pas simplement utopiques ou dystopiques.
DH Pour ne pas dire carrément ordinaire. Les questions qui nous concernent ne se trouvent pas toujours aux extrêmes: les idéaux utopiques contre les cauchemars dystopiques. Les dimensions quotidiennes de la technoscience sont aussi complexes. Mais peu importe le cas, le travail utile se fait souvent au prix de l’invention de nouvelles souffrances. Les technoscientifiques se comportent avec d’autres organismes et d’autres animaux en modifiant leurs modes de relation ou en créant de nouveaux. Nous avons intensifié l’instrumentalisation, à nos propres fins, tant de nous-mêmes que d’autres organismes en instruments pour nos propres objectifs. Les questions de loi internationale de propriété intellectuelle sont encore plus conflictuelles. Les organismes comme OncosourisTM pourront-ils être mis sous brevet dans le domaine international, et comment? Bien que le Bureau américain des Marques et des Brevets (US Patent and Trademark Office) ait émis des brevets sur des organismes transgénétiques, c’est toujours une question litigieuse internationalement.

TNG Quelles sont les grandes lignes du débat?
DH En Europe, particulièrement en Allemagne sous l’influence du parti des Verts, et dans le contexte d’une politique des droits des animaux, il y a beaucoup de résistance au brevetage des êtres vivants transgéniques et autres produits biotechnologiques. Les mouvements de souveraineté nationale se sont aussi opposés activement à de tels brevets. Ce conflit sur les relations de propriété en matière de biodiversité est un thème majeur dans Modest_Witness.

TNG Tel que…
DH Les contestations sur le Human Genome Diversity Project dont l’enjeu est si oui ou non différents groupes d’êtres humains coopéreront ou non avec la collecte de leur matériel génétique en vue d’analyse. Il y a aussi toutes sortes de problèmes autour de l’utilisation commerciale. Qui tirera profit des drogues (médicaments) développées suite aux études qui se situent dans diverses régions géographiques et culturelles?

TNG Que se passe-t-il une fois que quelque chose est sous marque déposée?
DH Je ne parle pas de la marque déposée. Le dépôt de la marque est juste un moyen d’assurer la qualité d’un produit (c’est une loi de garantie). La loi du brevet est la protection (la propriété) du processus de production des êtres transgéniques, ainsi que le brevet de l’être lui-même. Dans le cas de OncosourisTM, le brevet a été octroyé à deux chercheurs qui la remirent à la Harvard Corporation, qui en a ensuite vendu la licence à DuPont. Cela veut dire que personne ne peut utiliser le processus, ou ces animaux, sans payer, et cela tout le temps de la durée du brevet. Donc au fond, breveter revient à payer pour l’utilisation de processus et/ou d’objets technologiques spécifiques. En ce sens, théoriquement le brevet à la fois stimule et protège l’innovation. L’inventeur est mu par le stimulant de faire du profit avec son invention, et la société en reçoit les bénéfices. Enfin, c’en est la philosophie.

TNG Il semble que beaucoup de ces problèmes existeraient toujours même sans brevet.
DH C’est vrai. Les brevets sont juste une partie du problème. Mais c’est particulièrement un point de tension parce qu’il matérialise le symbole -l’extraction de matières d’un endroit du monde pour en tirer profit ailleurs. Par exemple, en Inde, il y a beaucoup de controverses autour de l’extraction de substances de l’arbre Neem. Ces substances sont utilisées dans les soins depuis longtemps, mais maintenant elles sont ramenées dans les laboratoires occidentaux, traitées de manières diverses, et ainsi transformées en produits commerciaux. Pour le moment, aucun bénéfice de vente ne va au pays source. Mais dans ce cas-ci, il est important de souligner qu’on ne prend pas uniquement des sources comme dans ‘ressources’, mais aussi du savoir. Du savoir est incorporé à ce matériau ‘naturel’, à toutes les phases du jeu.

TNG Exactement.
DH Et des questions de souveraineté (droits, priorité) sont soulevées ici: quel savoir va compter? Qui va-t-on considérer comme collaborateurs ou comme matière première? Imaginons certaines substances qui pourraient présenter un intérêt pharmaceutique dans une région précise de la forêt vierge, et que l’on travaille avec un guérisseur local qui connaît la plante. Comment l’expertise de cette personne sera-t-elle reconnue dans un tel système? Et ensuite, que se passe-t-il si la communauté d’où vient cette personne vit sur des principes collectifs? Et quid du pays dans lequel vit cette communauté? Et quid s’il y a une minorité dominée? S’il existe un accord national du gouvernement fédéral du Brésil ou du Costa Rica, une grande firme pharmaceutique peut ou non travailler au bénéfice du groupe de personnes qui détiennent le savoir et les substances en question. Alors comment protéger ce groupe, ce savoir? Veulent-ils seulement entrer dans un tel système?

TNG Quelle est donc l’éthique ou la subjectivité du cyborg dans le contexte de OncosourisTM? Où est le "nous", où est la chose quand le sujet et l’objet se confondent? Cela devient une question éthique en relation avec le cyborg et les organismes transgéniques: qui décide qu’une souris doit être inventée afin de produire des tumeurs mammaires?
DH C’est cela. La question c’est qu’il faut se rappeler que la chose dans toutes ces phrases est, bien sûr, un être vivant. Et un être vivant qui porte la couronne d’épines dans la peinture de Lynn Randolph "The Laboratory, or the Passion of Oncomouse", n’est pas là par hasard.

TNG Et je pourrais voir courir OncosourisTM sans savoir qu’elle/il est génétiquement construit-e.
DH C’est là un point intéressant. Des souris pourraient survivre ici dans mon bureau ou chez moi (rires), mais OncosourisTM ne serait pas l’une d’entre elles. Parce que l’habitat naturel de OncosourisTM est un laboratoire. C’est une partie intéressante de cette figure. L’histoire de son évolution se joue dans le laboratoire. Et la condition de son existence n’est pas seulement la reproduction sexuelle, et l’histoire de l’évolution des souris (ou des mammifères), mais aussi l’histoire de l’évolution de la technologie du transfert génétique. Bien sûr, elles se reproduisent naturellement mais uniquement pour continuer à être vendue comme OncosourisTM portant la marque déposée qui garantit la qualité du produit. Elles doivent être constamment contrôlées afin d’assurer que le gène s’est bien propagé et qu’il n’a pas été perdu dans la division des cellules - un processus qu’on ne peut vérifier qu’en laboratoire. Donc la pérennité de l’identité de OncosourisTM tient aussi un travail constant et soutenu. Sans ce travail intense -un travail de régulation, un travail de technicien de laboratoire, le travail des banques de gènes qui entreposent l’information de la séquence génétique, dans le but de pouvoir vérifier et voir que les gènes sont toujours les mêmes - il n’y a pas de OncosourisTM. C’est un peu comme vérifier la qualité d’un microprocesseur (une puce). Une puce qui est vendue comme un microprocesseur particulier - par exemple la puce Pentium ou autre chose - est vendue comme telle parce qu’elle a certaines caractéristiques. Le seul moyen de savoir que la puce a ses caractéristiques, c’est d’entamer un processus de test pour voir si ce qu’elle produit, garantit le nom et la marque déposée. De manière similaire, l’identité de OncosourisTM - marque déposée - littéralement - dépend de ces processus de travail incessant lors desquels elle/il est un-e partenaire actif-ve. Mais nous ne sommes pas dans une cour de justice. OncosourisTM est génétiquement construit, c’est un animal réel, comme un singe, qui vit dans un habitat réel.

TNG OncosourisTM est aussi un exemple du réalisme de la figuration chrétienne qui est si fondamental à l’idéologie de la technoscience que vous critiquez. Dans Modest_Witness vous dites: "Bien que son destin soit décidément séculaire, elle/il est une figure développée dans le réalisme chrétien: elle/il est notre bouc émissaire; elle/il porte nos souffrances; elle/il signifie et joue notre mortalité de manière puissante, historiquement spécifique, qui promet une sorte de salut culturellement privilégié-’un remède au cancer’". Ce qui nous ramène à l’éthique de la subjectivité du cyborg.
DH Et à la chair. Pour moi, l’éthique du cyborg est une manière de se sentir responsable de ces mondes. Mais ce n’est pas le simpliste: "Je suis pour ou contre cela". On ne peut pas opposer l’héroïsme politique simpliste de la résistance à la complicité. Il faut encourager les processus d’apprentissage ainsi que les différentes formes d’action. La compréhension et l’action ne sont pas des choses que l’on a mais que l’on fait.

TNG Donc une manière responsable de traiter ces questions de transgénétique serait d’employer ces situations de croisement de gènes comme des moments pour apprendre comment ces organismes se comportent, agissent, travaillent, vivent, sentent, etc., et ainsi apprendre quel pourrait être le moyen le plus responsable de créer des formes et des mondes transgéniques?
DH Oui, cela peut être un aspect de la question- se demander par exemple, à qui cela bénéficie-t-il? Ainsi: est-ce que OncosourisTM aide vraiment à soulager la souffrance humaine du cancer, ou est-ce encore une autre excuse high-tech pour ne pas s’intéresser aux origines véritables du cancer? Ou les deux. Et qui a faim dans ce monde et est-ce que la transgénétique s’occupe de cela? Je pense que les questions liées à la transgénétique sont -pour utiliser l’expression de Leigh Star "‘Cui bono?’ Pour qui?" La souffrance de l’organisme fait partie de cette question.

TNG Comment vous positionnez-vous par rapport à l’utilisation d’êtres vivants -transgéniques ou autres - dans les laboratoires de recherche?
DH Je ne suis pas opposée à l’utilisation d’animaux dans la recherche de laboratoire. Mais je pense que cela doit être soigneusement limité. C’est là une question morale et émotionnelle - combien de souffrance doit être supportée par qui, et comment répondre à cela? Je ne peux finalement pas quantifier une telle souffrance, et un jugement éthique n’est pas en soi un calcul quantitatif, mais une reconnaissance de la responsabilité dans une relation. Je respecte certainement ceux qui sont contre l’utilisation d’animaux dans la recherche, bien que moi-même je sois pour. Les animaux dans la recherche nous permettent de comprendre à quel point nous ne sommes pas et nous ne pouvons pas être innocent-e-s.

[1littéralement Oncosouris, susceptible de développer le cancer du sein ou des ganglions lymphatiques. Ces oncosouris renferment certains gènes délétères qui provoquent le cancer (oncogène).

[2"Formée à la biologie moléculaire et évolutionniste, je m’identifie professionnellement comme une historienne des sciences. (…) Mais ma vraie appartenance va aux zones férocement matérialistes et imaginaires de la technoscience, par lesquelles, moi et des millions d’êtres humains sur cette planète sommes interpellés que nous le voulions ou non. Le Dictionnaire Anglais d’Oxford note que ‘interpeller’ veut dire ‘interrrompre’, interrompre quelqu’un qui est en train de parler ou d’agir. Ce terme signifie aussi faire appel, pétitionner, héler; ou intercepter, couper,empêcher. Interpellation est devenu obsolète en anglais avant 1700, mais ce mot à été remis en pratique en anglais par le français au 20e siècle dans le contexte d’un type spécial d’interpellation ou d’appel: interpeller un ministre à la Chambre pour lui demander des explications sur des décisions politiques gouvernementales. Interpellation a donc différentes connotations qui résonnent aussi bien chez les francophones et que chez les anglophones. Ces connotations résonnent ici dans mon appropriation de la théorie du philosophe français Althusser qui démontre comment l’idéologie constitue ses sujets en "hélant" des individus concrets. Selon Althusser (1971:171,194), l’interpellation se produit lorsqu’un sujet, pris dans l’action, se reconnaît ou non, ou mal, dans l’adresse du discours. Althusser utilise l’exemple d’un policier criant ‘Hé vous!’. Si je tourne la tête, je deviens un sujet dans le discours de la loi et l’ordre: comment je me mé/re-connais - serai-je appréhendé par un individu armé et dangereux avec le pouvoir légal d’envahir ma personne et ma communauté; serai-je rassuré que le désordre établi est entre de bonnes mains armées; serai-je arrêté pour un crime que je reconnais moi aussi comme une violation; ou y verrai-je un membre alerte d’une communauté démocratique faisant sa ronde de police? - cette mé/re-connaissance en dit beaucoup sur le positionnement inégal du sujet dans le discours et sur les différents mondes qui pourraient exister.
Avec ce double sens typique des mots les plus intéressants, l’interpellation est aussi une interruption dans le corps politique qui insiste que ceux qui ont le pouvoir justifient leurs pratiques, s’ils le peuvent. Il est aussi bon de ne pas oublier que ‘eux’ peuvent être ‘nous’. Qui que nous soyons et ou que nous soyons dans les domaines de la technoscience, nos pratiques ne devraient pas être sourdes aux interrruptions dérangeantes. L’interpellation est à double-tranchant dans sa capacité à appeler des sujets à exister. Des sujets dans un discours peuvent et le font, refigurer les termes, le contenu, la portée du discours. En fin de compte ce sont ceux qui se mé/re-connaissent dans le dicours qui acquièrent là, le pouvoir et la responsabilité de formuler le discours."

Donna J. Haraway,

Modest_Witness@Second_Millenium.
FemaleMan_Meets_OncomouseTM,
pp49-50, Routledge, 1997

[3John Locke:
philosophe anglais 1632-1704

[4Haraway, 1997, 98.

[5Donna J. Haraway,
A cyborg Manifesto: Science, Technology, and Phenomenology of Conventions: On Being Allergic to Onons, in Sociology of Monsters: Power,Technology and the Modern World, ed. J. Law (Oxford:Basil Balckwell):34

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